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Une manière de vivre en ce monde, qui annonce le Royaume…

Homélie du 11 novembre 2020

« Saint Martin de Tours est universellement connu par son geste du partage de son manteau, donnant au plus pauvre la part qui lui appartenait et découvrant dans un songe, dans la nuit qui suivit, que lui apparaissait le Christ lui-même, revêtu de cette part de manteau qu’il avait donné au plus pauvre.« Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait« .
Cette illustration dans son existence, dans sa vie de Martin, de l’Evangile que nous venons de proclamer fait évidemment de Martin une figure universelle. « Recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde… »
Tous ceux qui partagent entre eux un idéal de ce royaume, ô combien spirituel, perçoivent dans le geste de Martin, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, cette fraternité profonde avec cet homme.


Il se trouve que sa fête tombe en même temps, pour nous en France, avec la commémoration de l’Armistice, qui reste un moment extrêmement fort même s’il est cette année contenu par le confinement. Il n’en reste pas moins que c’est une journée importante de mémoire.
De la mémoire de ces drames qui n’ont pas seulement marqué nos pays mais qui ont marqué le monde entier puisqu’on estime à près de 8 millions de victimes, morts ou blessés, lors de ce premier conflit mondial. Quelle triste image lorsque la mondialisation prend la forme d’un conflit aussi meurtrier.
Et cependant autour de cette mémoire, c’est l’humanité toute entière qui est invitée, nourrie hélas par d’autres événements du 20ème siècle, à prendre conscience qu’il y a une autre forme de monde à construire. Que peut-être celui qui a été si présent à la fondation de la paix en 1918, notre ami Martin, peut avoir quelque chose à dire dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas sans doute étranger chez ceux qui ont instauré cette onzième heure, du onzième jour de 1918. C’est même le onzième jour du onzième mois qu’a été signé cet armistice mettant fin à ce conflit terrible. Il a été signé au coeur de cette fête de Saint Martin, très présent dans la culture française de cette époque.

Sans doute avons-nous de plus en plus découvert avec les leçons de l’histoire que Martin n’est pas que français. Il est une très belle figure européenne. Il l’est par son destin, par sa naissance.
C’est un fils de soldat romain qui est né sur la frontière de l’Empire, qui est aujourd’hui toute proche de la frontière entre la Hongrie et l’Autriche, à Szombathely. C’est un homme de frontières dont toute la vie sera de se déplacer puisqu’il est allé se former à Pavie en Italie. De là, étant soldat comme son père par tradition, il est monté à Amiens. C’est à Amiens qu’il a rencontré ce pauvre dont la découverte a été déterminante pour sa conversion. Mais il a continué à sa déplacer, notamment en Italie où il a découvert l’érémitisme et quand il est revenu pour enfin vivre sa foi chrétienne, il s’est installé comme ermite.
D’abord à côté de Poitiers, puis on est allé le chercher pour qu’il devienne évêque à Tours. Mais tout en étant évêque, il menait une vie retirée à Marmoutier à l’entrée de la ville de Tours.
Ensuite sa vie a été faite de multiples voyages, un peu partout, si bien qu’on honore Saint Martin dans de nombreux lieux. Il est celui qui a le plus d’églises en son nom.
A telle enseigne qu’à la suite de ces terribles événements qui ont marqué l’histoire du monde, et d’abord l’histoire d’Europe, il est devenu une très belle figure de l’Europe.
Aujourd’hui il est invoqué comme saint patron de cette Europe et son souvenir est entretenu par des chemins en son honneur, voulant tisser une fraternité entre les hommes en s’appuyant sur les villes qu’il a traversées.

Votre présence nous invite à penser qu’il est plus qu’européen, il est honoré à travers le monde tant ce geste à une portée plus que symbolique. Il peut faire la paix profonde.

Aujourd’hui on développe de plus en plus cette dimension mondiale de Saint Martin. Il me semble que dans les conflits qui risquent aujourd’hui de nous traverser, entre un mondialisme dévié et un souverainisme qui risque aussi de naître, nous avons une parole d’un des fondateurs de l’Europe qui reste une clé pour vivre le monde d’aujourd’hui.

Cette parole nous la devons à Robert Schuman, lui aussi un homme de frontières.
La ferme de sa famille était à cheval entre le Luxembourg et la France, à deux pas de la frontière allemande. Et dans sa propre vie, il a été à la fois luxembourgeois par sa mère, français par son père mais en même temps redevenu allemand à l’époque où l’Allemagne à récupérer la Moselle.
Et cet homme de frontières a dit ceci : «Je suis français mais j’entends rester lorrain.» C’est à dire appartenir aussi à ce terroir de proximité. Je suis français mais je peux rester aussi lorrain. Je suis européen, je veux construire l’Europe, mais je peux aussi rester français.
On pourrait rajouter à sa parole: «Je suis du monde mais je souhaite aussi rester européen».
Tant que nous n’aurons pas compris que notre identité peut concilier les appartenances différentes, alors nous continuerons de vouloir construire un monde qui repose plus sur la guerre que sur la paix. Avoir plusieurs degrés d’identités qui se conjuguent de belles manières toujours enrichissantes.
Voilà un beau défi que Saint Martin peut nous aider à vivre et notre conscience chrétienne se retrouve bien à l’aise dans cette manière d’être.
A la fois enraciné comme Jésus était de Nazareth et en même temps le fils de l’homme pour tous. Conjuguons nos appartenances, c’est sans doute de ce côté là qu’il faut aller voir pour la construction de l’avenir.
Un deuxième trait rend Saint Martin extrêmement contemporain. C’est un des actes de sa vie qu’il a posé un peu en son terme.
A une époque où un hérétique espagnol faisait beaucoup parler de lui au point que l’empereur Maxime, voyant le trouble que cette hérésie pouvait produire, était résolu de l’arrêter et de l’exécuter. Apprenant cela, Martin a quitté son pays de Tours pour se rendre voir l’empereur, défendant la cause de cet hérétique avec lequel il n’était pas d’accord mais il estimait qu’on ne pouvait pas, quand bien même au nom de la religion ou de la vérité, en arriver à tuer quelqu’un.
Il s’est opposé, il a fait objection de conscience face à l’empereur de ce motif pour une cause aussi noble soit-elle de la vérité.

Mais malheureusement ce grand message de Martin n’a pas été entendu et nous savons qu’au cours des siècles ce qu’il avait essayé de faire passer au nom de l’Evangile n’a pas été mis en oeuvre.
Alors dans les débats autour des extrémismes religieux, comme il est intéressant d’entendre la pertinence et l’actualité de ce Saint Martin, animé par une telle perception de l’Evangile et du message du Christ.
C’est la raison pour laquelle nous l’honorions à sa juste dimension dans l’actualité qui est la nôtre.

Que peut-être nous écoutions de ces hommes qui sont à la fois citoyens de quelque part mais aussi citoyens du monde, de belle manière.
Ce monde étant quelque chose qui annonce le royaume quand il est vécu comme celui-ci. »