https://www.facebook.com/SanctuaireAlencon/https://twitter.com/https://www.youtube.com/channel/UCriSccv-E9s4bOiPDB3d2Wg/
ContactContact Allumer un ciergeAllumer un cierge Faire un donFaire un don
Accueil > Homélies > Rome et la famille Martin

Rome et la famille Martin

« Nous aurons nos places Saint Pierre, qui nous révèleront que ce que nous vivons parfois un peu dans l’attente ou l’amertume, n’est pas le dernier mot de nos vies… » Homélie du 18 novembre 2020

Il y avait ce matin le choix entre poursuivre cette lecture de Saint Luc, tout à fait riche et que nous sommes appelés à méditer ces jours, ou honorer la mémoire de la consécration de ces deux basiliques de Saint Pierre et de Saint Paul. J’avoue que mon coeur a penché pour ce deuxième choix pour deux raisons.
La première, c’est que ce mois de novembre est décidément riche en mémoire, et qu’elle nous invite à porter dans la même main le 9 novembre, la consécration de Saint Jean de Latran, et en ce jour celle de Saint Pierre et de Saint Paul. On a comme un concentré de ce mystère de Rome, de la manière dont cette primauté de Pierre et de ses successeurs s’enracine dans une église locale, qui est celle de Rome dont il est l’évêque, et cette cathédrale nous le rappelle. Elle s’enracine aussi dans le double témoignage de Pierre et de Paul, admirablement réunis en cette cité. 
Le 20ème siècle a été très riche du point de vue archéologique. Nous avons pu retrouver dans l’axe même de l’autel de Saint Pierre, ce noyau primitif du lieu où Saint Pierre a reposé, à côté du Cirque de Néron. Nous avons la confirmation archéologique d’une continuité de la vénération de ce lieu.
Ce qui faisait dire au prêtre Gaïus, au 3ème siècle : « Si tu viens à Rome, je te montrerai les trophées de Pierre et de Paul. »

La deuxième raison, c’est la place que peut avoir Rome dans la famille Martin.
Nous sommes, en ce mois de novembre, en plein dans le temps du voyage à Rome de Thérèse pour obtenir du Pape l’autorisation d’entrer dès 15 ans au Carmel. C’est sa grande et dernière chance que le Pape dise au moins « Allez, on y va ».
Ils sont partis le 4 novembre 1887 et sont revenus le 2 décembre. Presque un mois, avec beaucoup d’anecdotes. On pourrait presque suivre leur parcours, jour après jour, en étant à Rome avec eux.
Thérèse nous évoque sa découverte de Rome, et on peut faire un parallèle avec Saint Paul qui arrive par la via Appia. Les Martin sont arrivés à 8h du matin après une nuit dans le train. « La première journée se passa hors les murs et ce fut peut être la plus délicieuse car tous les monuments ont conservé leur cachet de l’Antiquité alors qu’au centre de Rome, on pourrait se croire dans Paris avec la magnificence des magasins et des hôtels. Cette promenade dans la campagne romaine m’a laissé un bien doux souvenir. » 
Cette campagne romaine, ce sont les mêmes chemins que ceux de Saint Paul. C’est là qu’elle découvre les catacombes de Sainte Calixte ainsi que les deux belles figures de Sainte Cécile et de Sainte Agnès, ces martyrs de l’Antiquité, avec lesquelles elle s’identifiera un petit peu avec sa manière de donner sa vie pour le Christ. Ce sera aussi avec le Colisée et les martyrs vénérés de manière assez audacieuse, qui vaudrait la peine d’être raconté. Ce sera parmi les grands souvenirs de son pèlerinage romain.
Elle est passée à Saint Paul, mais aussi à Saint Pierre. Mais à Saint Pierre, elle était sans doute occupée par bien autre chose, rien moins que la rencontre du Pape lui-même qui, aux dires de certains, fut un fiasco, mais qui a apporté finalement une paix dans le coeur de Thérèse, qui a fait la commission qu’elle avait à faire. Elle pensait qu’elle était arrivée au bout pour accomplir la volonté du Seigneur. Le pape lui avait dit « Si le Bon Dieu le veut, vous entrerez. » Donc il l’invitait maintenant entre les mains du Seigneur pour sa décision.
Elle se réalisa avec un peu de retard, mais elle avait quand même cette conscience d’être en paix, tout en gardant une amertume dans son âme car elle aurait tellement aimé que celui puisse s’accélérer. 

Il faut regarder plus du côté du papa pour avoir des informations sur Saint Pierre de Rome que nous célébrons aujourd’hui. Deux ans auparavant, au retour d’un voyage avorté à Jérusalem, Louis passe à Rome après un passage à Constantinople. Il écrit ceci à ses filles: « Nous voici enfin arrivés à Rome à 6h du matin. Saint Pierre est bien, pour moi, ce qu’il y a de plus beau au monde. J’ai prié pour vous que j’aime tant, il est si doux de prier là. J’ai bien pensé à vous dans tous les sanctuaires que nous avons visités. Tout ce que je vois est splendide. »
Il y a juste une note de tristesse, c’est que le pape est prisonnier depuis la réunification de l’Italie. « Ah quelle tristesse que le Saint Père soit en captivité. Cela fait tâche et cette ombre nous fait broyer du noir malgré tout. »
Le noir qu’il va broyer c’est plutôt celui de quitter Rome où il s’est tant plu. Il a cette expression dans la deuxième lettre : « En partant de Rome, j’étais comme un chat, borgne et noir, faisant son rond-rond au coin d’une borne par un temps de pluie. » Voilà un type d’expression comme Louis aime bien avoir. On ne sait pas où il a dû la trouver. Il précise : « C’est une beauté terrestre et notre coeur n’est rassasié de rien tant qu’il n’aura pas la bonté infinie qui est Dieu. »
Il a cette note pour terminer : « A bientôt le plaisir intime de la famille, c’est cette beauté là qui nous en rapproche davantage
Comme s’il y avait, dans le mystère de la famille et de l’amour, quelque chose qui nous annonce cette communion à laquelle nous sommes destinés les uns et les autres. « Je vous embrasse tous les cinq, de tout mon coeur. Votre père qui vous aime. » 

Pour terminer, Rome est à la fois un lieu de bonheur et un lieu d’épreuves, qui prend toute sa dimension quand, un peu plus d’un siècle plus tard, sur cette place Saint Pierre, où Thérèse était partagée entre la paix et l’amertume, s’est manifesté l’accomplissement d’une vie : quand Thérèse a été, dans une foule remplissant la place, reconnue Docteur de l’Eglise. Ce que nous vivons à un moment de notre vie, nous en verrons toute la force et toute la plénitude lorsque tout sera accompli.
Ce qui vaut pour Thérèse vaut aussi pour nous. Nous aurons nos places Saint Pierre, qui nous révèleront que ce que nous vivons parfois un peu dans l’attente ou l’amertume, n’est pas le dernier mot de nos vies.
Amen.