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La force du voyage du pape François en Irak et le défi de l’unité

Homélie du 8 mars 2021

Nous célébrions, il y a peu, les 800 ans de cette surprenante aventure de Saint François d’Assise avec le sultan Malik El-Kamil lorsqu’il est allé lui rendre visite en Egypte.
Ce qu’il y a d’énorme et de magnifique dans cet événement est en train de se vivre en ce moment même en Irak. Quelque chose dont on ne mesure pas toute la profondeur et la largeur avec peut être ces trois dimensions.
D’abord pour l’humanité toute entière dans ce contexte si difficile de la pandémie et surtout de ces fragilités politiques dans le contexte que nous connaissons de l’Irak où la menace terroriste pèse toujours.
Que cet homme à la silhouette blanche aille se risquer sur ces terrains ne peut pas laisser indifférent et le président irakien Saleh, ce matin, en accueillant le pape, disait :
« Vous êtes avec nous pour soigner nos blessures ».
Le pape l’exprimait en disant que « nous devons ce devoir envers les terres martyrisées. » L’épaisseur de vie, depuis la guerre du Golfe, et auparavant déjà, se vit dans cette partie du monde dont nous savons qu’elle est un peu le berceau de nos cultures humaines. Autour de Babylone et de tant d’autres cités, l’humanité a forgé ses personnalités et son évolution et a marqué notre destin. Déjà, à ce titre, aucun homme ne peut être insensible à un tel événement auquel s’ajoutent les enjeux qui se vivent à l’instant ou presque à Ur, entre les descendants spirituels d’Abraham.
Nous sommes invités à aller creuser profondément dans cette figure, dont le père Jean Marie Mérigoux, dominicain longtemps présent en Irak disait ceci:
« Abraham, l’Araméen, comprit que Dieu seul était l’absolu en qui l’on pouvait placer toute notre confiance. C’est à partir de Aran, sa seconde patrie en Mésopotamie, qu’il eut le courage d’aller vers l’inconnu, docile à l’Esprit Saint et de prendre les chemins que Dieu lui indiquait. « Quitte ton pays, pour le pays que je t’indiquerai. » »
Ce matin, dans la rencontre que vivait le pape avec l’ayatollah Ali Al-Sistani, il s’engageait sur ce chemin d’un pays que le Seigneur indique à tous ceux qui, l’ayant rencontré, sont invités à aller plus loin.
Plus loin que nos peurs, plus loin que nos haines. De ce qui ressortait de ce dialogue étonnant entretenu entre ces deux autorités religieuses mondiales, c’était qu’ils ont discuté ensemble autour de ces grands défis auxquels l’humanité est confrontée. Et dans ces défis à relever, du rôle de la foi en Dieu tout puissant et de ses messages.
Ces patrimoines portés par ces différentes traditions religieuses se réclamant d’Abraham qui, au lieu d’y puiser des divisions, devraient puiser une énergie et une unité. Pour finir, ils ont discuté aussi de ces valeurs morales, élevées pour surmonter ces défis.

Quelle époque extraordinaire nous vivons, avec des croyants qui n’ont plus la perception de se combattre entre eux, mais qui essaient de relever ensemble les défis qui sont ceux de notre humanité toute entière !
Ce sont des heures de cette nature qui sont vécues ce matin, et qui se poursuivent pendant ce voyage du pape François.
Ce troisième thème, très important, est cette unité chrétienne avec l’Orient et en Orient. Se rendant là-bas, le pape est à la fois le patriarche de l’Église catholique puisqu’il est de Rome, mais il révèle aussi cette mission qu’il a au service de l’unité entre les patriarcats. Nous ne pouvons pas ignorer combien il est à la fois riche d’habiter en Orient et difficile de coexister avec des traditions aussi diverses. Nous savons que l’entente entre les Chaldéens, les Syriaques catholiques, les Assyriens n’est pas une évidence. De même que ce voyage pourrait contribuer à la diviser, dans leur manière de s’y investir et de le vivre.
Cependant, avec eux et leurs différentes traditions, nous allons creuser profondément dans notre être commun, et dans ce qu’on appelle ce « visage araméen du christianisme ».
C’est vraiment immense ce qui se vit lors de ces jours. La messe à Erbil où nous avons longtemps vu paraitre cette crèche de Noël lors de l’écrasement de ces territoires. Une crèche construite de fortune dans des camps de réfugiés qui a traversé le monde. Comment, dans son immense amour et sa fragilité, le Christ venait rejoindre ainsi chaque homme et particulièrement ses disciples martyrisés.
Savez-vous que dans ce contexte là, la figure de Thérèse est très présente ? Ce Dominicain qui a vécu en Irak et que j’ai cité tout à l’heure, nous dit l’étonnement d’Occidentaux découvrant la statue de Thérèse dans des églises de Bagdad, en se demandant si elle est bien à sa place. N’impose-t-elle pas une vision occidentale des choses ?
Ce Dominicain répondait:« Vous n’imaginez pas la place que Thérèse peut avoir pour beaucoup d’Irakiens. Combien portent le nom de Thérèse et combien ils aiment à lire son Histoire d’une âme. » Il ajoutait même cette étonnante parenté entre l’Histoire d’une âme traduite en arabe et beaucoup lue en Irak, et ce livre d’un écrivain égyptien Taha Hussein, Le Livre des Jours, considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature arabe chrétienne et contemporaine, ayant énormément d’analogies avec le message de Thérèse.

Pour finir, comme pour nous dire à la fois l’invitation à ne pas rester indifférent à ce qui se vit, j’aurais envie de vous encourager de relire ce petit décret, le plus petit de ceux du Concile de Vatican II.
Un décret consacré précisément aux Églises orientales catholiques qui est d’une pertinence avec ce que nous vivons actuellement. Comme un appel d’avoir toujours aussi cette conscience que Jean-Paul II exprimera par la suite comme les deux poumons, oriental et occidental, nécessaires à la respiration de l’Eglise.
Le décret se termine ainsi : « En attendant l’unité profonde avec les différentes composantes de l’Orient chrétien, les Chrétiens d’Orient et d’Occident sont invités, avec insistance, à offrir à Dieu des prières ferventes, assidues voire quotidiennes pour qu’avec le secours de la très sainte mère de Dieu, tous ne fassent qu’un. Qu’ils prient également pour que tant de jeunes Chrétiens de chacune des églises qui professent courageusement le nom du Christ et sont pour cela dans l’épreuve et la souffrance pour que le Saint Esprit accorde la plénitude de son réconfort et de son soulagement. Aimons-nous tous les uns les autres d’un amour fraternel nous prévenant d’égards mutuels. »
Ces mots sont de l’épître aux Romains au chapitre 12. Voilà que cette exhortation à la prière, entendue au coeur de notre eucharistie, se prolonge peut être dans nos coeurs au cours de ces jours comme le dit le texte, y compris dans une prière quotidienne. Amen. 

Procession du soir, de la cathédrale Al Tahira à l’église de Mar Benham et Sarah, Karakosh, Irak – 6 mars 2021 ©Père Pierre Brun-Le Gouest

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