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Que pouvons-nous dire au monde, aux chrétiens et à l’Église contemporaine de ces saints époux ?

Relisez la conférence du Cardinal Mauro Piacenza donnée pour l’ouverture du Jubilé.

160e anniversaire du mariage des saints époux Louis et Zélie Martin
1858 – 13 juillet – 2018

Conférence du Cardinal Mauro Piacenza – Pénitentier majeur

Chers amis dans le Christ Jésus,
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a su caractériser ses saints parents par une formulation tout aussi synthétique que riche d’expression et de sens : ‘Ils étaient plus dignes du Ciel que de la terre.’ Les qualifier ainsi ne signifie en aucun cas reléguer Louis et Marie-Zélie Martin dans une sphère inaccessible en les mettant dans les rangs de ces âmes ‘spirituellement privilégiées’. C’est en réalité les placer dans l’ordre de la vocation qui est propre à chaque baptisé de par le sacrement de l’initiation chrétienne.

Chaque baptisé en effet est ‘plus digne du Ciel que de la terre’ et tous sont appelés à cheminer dans la grâce au travers des circonstances concrètes que veut ou permet le Seigneur afin d’atteindre une conformité de plus en plus grande au Christ, ce qui est la définition même de la sainteté. Telle est l’œuvre à accomplir avec le concours conjugué de la grâce et de la liberté humaine créée ; tel est l’appel qui vient toujours de la grâce à participer à la rédemption selon le vieil adage augustinien : “Qui fecit te sine te, non salvabit te sine te” : ‘Celui qui t’a créé sans toi, ne t’a pas sauvé sans toi.’ (Serm. 169, XI; PL 38, 923)

À 160 années d’intervalle depuis leur mariage, que pouvons-nous dire au monde, aux chrétiens et à l’Église contemporaine de ces saints époux ?

J’essayerai de répondre à cette question en me mettant à l’écoute de leur vie et en articulant cette intervention selon trois grands axes sur lesquels les saints époux Martin donnent un éclairage édifiant.
1) Le mariage dans l’ordre de la création,
2) le mariage sous le régime du péché et
3) le mariage dans l’ordre de la grâce.

1. Le mariage dans l’ordre de la création

Le premier élément fondamental par lequel les époux Martin font avancer notre réflexion est la redécouverte du mariage comme faisant partie de l’ordre de la création.

À une époque comme la nôtre, où le concept de création est presque complètement occulté et avec lui, ceux de ‘l’ordre des choses’, de ‘loi morale’ et en conséquence, de ‘loi morale naturelle’, quand on regarde le mariage de ces deux saints époux, de cet homme, Louis, et de cette femme, Marie-Zélie, on est amené à établir avec une audace rationnelle et chrétienne, qu’il n’existe qu’un type de mariage possible, celui qui est voulu par Dieu parce qu’il est inscrit dans la création, inscrit jusque dans les corps de l’homme et de la femme et que seul, ce type de mariage est une voie de sanctification.

Ceci conduit ensuite, à rappeler que le mariage n’est pas une institution purement humaine et que, comme le déclare le Concile Vatican II : « La santé de la personne et de la société tant humaine que chrétienne est étroitement liée à la prospérité de la communauté conjugale et familiale » (Gaudium et Spes, 47).

Dans ce sens, il nous faut bien admettre, en tant que communauté et en tant que pasteurs, que, depuis trop de décennies déjà, nous avons presque totalement abandonné une réflexion saine, rationnelle et théologique sur le mystère de la création sans peut-être en peser attentivement toutes les conséquences. Si en effet disparaissait de la mentalité du peuple saint de Dieu, la réalité de la création, on risquerait d’obscurcir même celle du Créateur. Sans création, il n’y a pas de Créateur ! Il n’y a pas de Dieu !

Toute la réflexion sur ce qu’on appelle ‘la loi naturelle’ ne peut se faire sans accepter de se confronter de nouveau en profondeur avec les différentes théories scientifiques sur l’évolutionnisme tout en reconnaissant tout d’abord que la ‘poussée anti-créationniste’ d’une certaine idéologie darwiniste n’a pas de fondement scientifique et pas davantage de fondement philosophique ; de fait, elle laisse l’homme face à une énigme sans solution, celle de sa propre origine et surtout, elle le laisse face à l’intolérable, à l’angoissante et inhumaine perspective du néant.

Le mariage ‘réussi’ dans lequel, au milieu de toutes leurs limites humaines, l’époux et l’épouse vivent leur vocation à la sainteté dans la fidélité et la fécondité humaine et spirituelle, est par lui-même proclamation publique et affirmation directe de la loi naturelle, de la possibilité de vivre selon l’ordre que le Créateur a imprimé dans le monde. Que l’homme et la femme sont créés l’un pour l’autre, l’Écriture Sainte l’affirme. Il suffit de rappeler le  » Il n’est pas bon que l’homme soit seul «  (Gn 2, 18), de rappeler que la femme,  » chair de sa chair «  (cf. Gn 2, 23), son égale, toute proche de lui, lui est donnée par Dieu comme un  » secours «  (cf. Gn 2, 18), représentant ainsi le  » Dieu en qui est notre secours «  (Cf. CCC. 1605).

Les époux Martin ont réalisé ce témoignage à une époque où, apparemment, on ne mettait encore aucunement en question quoi que ce soit du droit naturel, mais aussi dans laquelle pointaient quelques indices de subjectivisme relativiste, semés par l’illuminisme et qui sont parvenus aujourd’hui à une pleine et amère maturation.

Le mariage, tel qu’on le voit dans l’ordre naturel, nous oblige à redécouvrir certaines vérités fondamentales qu’aucune approche culturelle ni aucune loi humaine ne pourront jamais éliminer.
Tout d’abord, on redécouvre que l’homme est fait pour aimer et être aimé, que Dieu a créé l’homme par amour et l’a aussi « appelé à l’amour » par une vocation fondamentale et innée de tout être humain.
Cette simple constatation suffirait à redresser notre façon de voir la réalité : L’homme est vocation d’amour pour l’amour ; il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 27) qui est lui-même Amour : « Dieu l’ayant créé homme et femme, leur amour mutuel devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme » (CCC. 1604).

Il s’ensuit que si l’amour conjugal selon l’ordre de la création venait à manquer dans le monde, il manquerait le témoignage de l’amour avec lequel Dieu aime l’homme ; le genre humain tomberait – comme il n’est pas rare de le voir de nos jours – dans la désolation et une désolante solitude, dans un non-sens qui débouche sur le néant.

C’est sur cette ligne d’horizon qu’il convient d’interpréter les soi-disant changements culturels, sociétaux et législatifs de notre temps. Il ne s’agit pas de les examiner principalement d’un point de vue moral (même si c’est nécessaire aussi !), mais d’après la valeur anthropologique qu’ils représentent et qui est bien plus lourde de conséquences, car ils sont en mesure de déterminer un changement dans la façon qu’a l’homme, et qu’il aura, de penser sur lui-même et sur sa propre existence.

Comme en témoignent toutes les traditions culturelles et religieuses, comme le reconnaît et le réglemente tout système juridique, le mariage se présente dans l’histoire de l’humanité sous la forme d’une institution de droit naturel qui fait partie de la nature rationnelle de l’homme, de sa dualité sexuelle, capable de représenter en même temps l’origine de sa vie et l’orientation intérieure, l’inclination naturelle de son être, de son unité duale d’âme et de corps.

Cet amour de créature est ensuite destiné à être fécond, par un ministère qui inclut la vocation à être ‘gardiens du créé’, une tâche qui ne peut se réduire à un vague et allègre écologisme, mais qui s’accomplit d’abord à travers la collaboration libre et responsable à l’œuvre continuellement créatrice de Dieu, et qu’on peut appeler ‘pro-création’.

Sous cet aspect aussi, Louis et Marie-Zélie Martin ont été des parents selon le Cœur de Dieu, généreux à donner la vie. Leur témoignage, aujourd’hui plus que jamais, devient essentiel pour rappeler à notre civilisation occidentale qu’elle s’est égarée sur ses principes, ses valeurs, et ne sait plus donner de vraies réponses qui soient conformes à la raison et à la religion.

2. Le mariage sous le régime du péché

Constamment au cours des siècles, l’homme et la femme ont fait l’expérience de leurs limites et du mal, que ce soit en eux-mêmes ou, en conséquence, dans leur relation conjugale. Il n’est pas rare que le désir profond d’un amour total et fidèle se brise contre la dure réalité du péché personnel et de celui de l’autre.

Ce ‘désordre’ objectif qui éclate aux yeux de tous et qui semble dominer aujourd’hui la culture ambiante et même l’emporter communément, n’est pas dans la nature des rapports conjugaux ni dans la nature de l’homme et de la femme, mais il est causé par le péché : « Rupture avec Dieu, le premier péché a comme première conséquence la rupture de la communion originelle de l’homme et de la femme » (CCC 1607).

Aujourd’hui, on parle de moins en moins du péché, ni dans les prédications ni dans la catéchèse, comme j’y faisais allusion à propos de la création, alors que dans son magistère, le pape François, quand il nous parle de Miséricorde, nous pousse avec force à réfléchir sur une telle réalité. En effet, comment pourrions-nous reconnaître la Miséricorde Divine si nous n’admettons pas le drame du péché ?

L’absence, ou l’insuffisance, d’une réflexion anthropologique et morale sur le péché est elle aussi étroitement liée à l’exclusion d’un horizon transcendantal. Un homme sans Dieu est un homme à qui personne ne peut pardonner le mal qu’il a commis et qui se trouve donc à une croisée de chemin, forcé ou à rester écrasé par le mal ou à le nier en s’imaginant qu’il n’existe pas et allant jusqu’à approuver des lois humaines qui disent que le mal est permis, et qu’au fond, le mal est un bien.

Le philosophe allemand, Robert Spaeman, affirme à ce propos dans son ouvrage célèbre ‘Les personnes’ que « l’homme ne peut faire semblant d’avoir commis le mal. Il ne peut pas non plus faire semblant de ne pas en être l’auteur… La seule espérance qui lui reste est que quelqu’un lui pardonne le mal commis » (p 124). Le pardon, qu’il soit donné par les hommes ou surtout par Dieu, est la seule espérance, le seul remède au mal.
Un pardon qui coûte et qui aide à reconnaître à quel point est pesant le ‘régime du péché’ sous lequel vivent les hommes sans le Christ.

Comme le rappelait le bienheureux Paul VI, est douloureuse : « l’accusation que l’homme, désireux du pardon de Dieu, fait de lui-même, de ses propres fautes et de leur évaluation morale en s’adressant à un ministre autorisé qui écoute et absolve le pénitent. Terrible chose et terrible pénitence, semble-t-il. Et c’est ainsi pour qui n’a pas fait l’expérience de l’humilité par laquelle on retrouve la vérité et la justice qui parle au fond de soi, expérience libératrice, consolatrice de l’absolution sacramentelle. Peut-être que les moments d’une confession sacramentelle sont parmi les plus doux, les plus réconfortants et les plus décisifs de toute une vie. » (Audience du 1er mars 1975).

On était très conscient dans la famille Martin du mal et du péché. C’est pourquoi, comme on le lit dans les écrits de sainte Thérèse, ce cénacle qu’ils formaient au cœur de la France, cette petite et véritable Église domestique vivait de la « confession fréquente, des adorations nocturnes, des activités paroissiales, des examens de conscience sur les genoux de la maman et du catéchisme appris dans les bras du papa. » Telle fut l’école qui permit à leurs filles de faire mûrir leur consécration virginale au Christ pour le service du Royaume de Dieu vécu dans le cœur de l’Église.

Même s’il fut sérieusement ébranlé par le péché, l’ordre de la création n’en perdure pas moins. C’est ce qui fait que nous sommes et devons être ‘obstinément’ prophétiques.

Oui, nous pouvons encore et même après le récit du troisième chapitre du Livre de la Genèse, nous pouvons encore parler d’une loi naturelle inscrite objectivement dans la réalité et inscrite sur un plan personnel et subjectif dans le plus profond du cœur de tout homme, ce qui lui donne une valeur universelle et nous engage tous.

Notre époque moderne, pour ne pas affronter le drame du péché, a substitué au concept métaphysique de nature – compris dans le sens aristotélicien et thomiste ou, comme le définit la ‘Fides et ratio’ au paragraphe n° 83, comme la capacité « d’accomplir le passage – aussi nécessaire qu’urgent – du phénomène au fondement », (notre époque moderne lui a donc substitué) une conception positiviste qui, selon Benoît XVI, « entend la nature de façon purement fonctionnelle, comme les sciences naturelles la reconnaissent. » Sur la base de cette conception réductive et fonctionnelle de la nature s’est formée une conviction fondamentale propre à notre temps, « la théorie selon laquelle, entre l’être et le devoir être, il y aurait un abîme insurmontable. De l’être il ne peut dériver de devoir parce qu’il s’agirait de deux sphères totalement différentes. » (Discours devant le Bundestag, 22 septembre 2011).
L’Église a toujours affirmé et enseigné qu’il n’en est pas ainsi !

De l’être découle un précieux ‘devoir être’ qui peut et doit se réaliser progressivement et résolument avec l’aide de la grâce. L’alternative serait la dissolution de l’être en soi et conduirait en conséquence à reléguer le ‘devoir être’ dans le seul domaine de la volonté subjective ; ce serait la dictature du moi, du pouvoir, de l’arbitraire, de l’état ; ce serait la fin de toute justice possible, d’une justice fondée sur la réalité et la raison.

Pour surmonter un tel désordre qui a perturbé le lien conjugal, le secours de la grâce est indispensable ainsi que l’expérience de la miséricorde. Il convient de ne jamais oublier que « sans cette aide, l’homme et la femme ne peuvent parvenir à réaliser l’union de leurs vies en vue de laquelle Dieu les a créés au commencement » (CCC, 1608).

3. Le mariage dans l’ordre de la grâce

Il s’impose alors comme une évidence que l’abandon qu’un nombre croissant de baptisés a fait de la vie spirituelle, ait déterminé et détermine l’échec de tant de liens conjugaux et de projets familiaux.

Si l’unité de l’homme et de la femme, telle qu’elle est voulue par le Créateur est profondément blessée par le péché, alors seule, la grâce, la vie nouvelle dans le Christ est en mesure de guérir de telles blessures en ramenant le mariage à la splendeur de son origine, à ce : « Mais à l’origine, il n’en était pas ainsi » (Mt 19,8b), ces mots que Jésus adresse à ses interlocuteurs qui soutenaient la légitimité de la répudiation selon la loi mosaïque.

Nous savons d’après les textes biographiques qu’autant Louis que Marie-Zélie avaient à cœur de se consacrer entièrement à Dieu. Rappelons que seul un rapport intime et personnel, plénier et vivant avec le Christ ressuscité permet à la conscience fidèle de prêter attention à une telle intuition et de s’y disposer.

Aujourd’hui encore, le sujet des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, presque tragique si on l’observe seulement d’un point de vue humain et selon les chiffres, est à considérer d’un point de vue surnaturel, le seul qui convienne, car il n’y a que la foi pour donner le cadre authentique à la vocation qui n’est autre que la forme du rapport personnel au Christ, une modalité que le Christ Lui-même détermine pour chacun.

La rencontre et l’intuition de l’appel au mariage fut tellement vrai pour les saints époux Martin qu’ils n’ont pas mis en doute le désir de se consacrer à Dieu et qu’ils ont dû faire un chemin spirituel spécifique pour accueillir le projet d’une vie parentale et s’ouvrir à l’intimité physique et à la procréation.

Nous pouvons dire que le rapport à Dieu de chacun d’eux et des deux était total et qu’aucun des deux n’aurait jamais fait la moindre confusion entre la créature et le Créateur. Tous deux avaient simplement et comme il se doit reconnu un ‘signe’, le signe éloquent de l’amour total et indéfectible de Dieu pour l’homme.

Tout mariage entre baptisés, qui est sacrement, est appelé à exprimer pleinement ce don total que Dieu fait de Lui-même à l’homme et l’alliance définitive qu’Il a voulu sceller avec l’humanité entière en envoyant Son Fils unique.

Les saints époux Martin ont accueilli les dons de la grâce ; ils les ont gardés et fait fructifier en devenant pour l’Église de toujours et pour le monde, des modèles à imiter et des intercesseurs dont on peut invoquer l’intercession dans toutes les difficultés de la vie conjugale et familiale.

Les saints en effet ne sont pas ces êtres parfaits dont la vie est sans problème et libre de tout obstacle et de toute souffrance, bien au contraire ! Les Martin eux aussi ont dû affronter la dureté de la vie en commençant par la dimension économique et professionnelle. Ils se sont complètement dépensés pour pouvoir assurer à leurs enfants une existence digne, constituer le ‘trousseau’ de leurs nombreuses filles, leur dispenser une éducation chrétienne convenable.

Tous les époux chrétiens sont appelés à atteindre ce sommet de la sainteté, surtout à travers l’obéissance à la nature du mariage, unique et indissoluble, élevé par le Christ à la dignité de sacrement et grâce à la rédemption, au nouvel ordre de grâce, restauré après la chute du péché dans la dignité qu’il avait à l’origine.
Ceci n’est pas un idéal abstrait !

C’est la réalité du mariage telle qu’elle se présente après le Christ, après la rédemption et dont profitent nécessairement les liens du mariage dans le seul cadre qui leur est imparti, c’est-à-dire ici-bas.

À moins qu’on ne prétende que le Christ qui a racheté tout l’homme n’ait pas racheté peut-être le lien conjugal, une affirmation évidemment dénuée de quelque fondement que ce soit autant sur le plan historique que logique, anthropologique et théologique !

Il est bon de rappeler à ce propos ce que dit le Catéchisme de l’Église Catholique : « Cette insistance sans équivoque sur l’indissolubilité du lien matrimonial a pu laisser perplexe et apparaître comme une exigence irréalisable. Pourtant Jésus n’a pas chargé les époux d’un fardeau impossible à porter et trop lourd, plus pesant que la Loi de Moïse. En venant rétablir l’ordre initial de la création perturbé par le péché, il donne lui-même la force et la grâce pour vivre le mariage dans la dimension nouvelle du Règne de Dieu. C’est en suivant le Christ, en renonçant à eux-mêmes, en prenant leurs croix sur eux que les époux pourront «comprendre» le sens originel du mariage et le vivre avec l’aide du Christ. Cette grâce du Mariage chrétien est un fruit de la Croix du Christ, source de toute vie chrétienne » (n°1615).

Nos chers et saints époux Martin ont su jusqu’au bout ‘renoncer à eux-mêmes’, ‘porter leur propre croix’, ‘comprendre’ ce qu’il n’est pas donné à tous de comprendre et réaliser et vivre, avec le secours indispensable de la grâce, un mariage chrétien authentique et saint.

La prière est le premier moyen de sanctification sur ce chemin ; elle est et restera toujours, surtout aujourd’hui le premier moyen, la principale garantie pour sauvegarder tout mariage.

La famille qui prie ensemble reste unie parce que dans la prière, chacun est appelé à reconnaître la présence de Dieu, que ce soit dans l’autre ou dans cette même communion familiale qui, devenue sacrement, est inviolable.

En voyant prier leurs saints parents, les enfants Martin ont appris l’importance de Dieu dans la vie des hommes. Ils ont appris la familiarité de Sa douce Présence qui ne peut justement se transmettre et fidèlement se garder que dans la chaleur humaine d’une famille unie et pratiquante. Ils ont ‘bu’ avec le lait maternel la sainte foi catholique et ils ont vu croître en leurs parents, au milieu de leurs efforts et de leur affection, leur capacité à se sacrifier, vrai témoignage et vraie mesure de l’amour.

Dans notre société postmoderne qui a en horreur le terme de ‘sacrifice’ et qui, au point où elle en est, en méconnaît presque la réalité, les Martin nous rappellent ce que nous-mêmes, nous savons bien, que sans sacrifice, sans engagement quotidien, sans don total de soi, il n’est pas possible d’obtenir quelque résultat que ce soit. Il est encore moins possible d’atteindre la sainteté qu’historiquement nous a value l’unique Sacrifice éternel, celui du Christ sur la Croix.

Il me semble pouvoir cerner l’essentiel du message de Louis et de Marie-Zélie Martin sous cet aspect du ‘sacrifice’, un aspect saint mais je dirais aussi ‘normal’. Un homme et une femme se sont donnés totalement à Dieu et ils ont pu ainsi être réceptifs à la grâce, entrer en relation avec Lui, se donner totalement l’un à l’autre et se dévouer ensemble pour le projet familial, généreux et saint, que Dieu avait pour eux.

Vie de prière intense, participation authentique à la sainte Messe, confession régulière, fidélité aux devoirs d’état (professionnel et familial), esprit de pénitence, sincère humilité, profonde confiance en la Providence et abandon à Dieu en toute nécessité, libre accueil des dons du Seigneur, surtout du don de la vie, disponibilité à s’immoler pour l’autre, à mourir d’amour pour l’autre.

Tels sont les traits caractéristiques de ce couple extraordinaire d’époux qui est un exemple pour nous tous et trace à tous les baptisés qui sont appelés au mariage un chemin à parcourir avec l’aide de l’Esprit Saint.

Un dernier aspect qu’il me tient à cœur de souligner chez les Martin, est le rapport entre la vocation matrimoniale et la vocation virginale, tel qu’on le voit se profiler dans les évènements concrets de leur vie. J’ai déjà fait allusion au désir de Louis et de Zélie de se consacrer au Seigneur. Comment ne pas voir alors aussi les fruits que leur union a portés pour l’Église et pour l’histoire de l’humanité ?

On a qualifié cette famille de ‘terre sainte’. L’attitude des parents entre eux, envers les grands-parents âgés et malades, envers leurs enfants, est soutenue par une optique de foi toute simple, de prière et de charité.
La fécondité de cette ‘terre sainte’ et la générosité à accueillir la vie va se traduire par la naissance de neuf enfants. Marie-Zélie a vu mourir à un âge très tendre trois enfants et Hélène mourra à l’improviste à l’âge de seulement cinq ans.
À chacune de ces tragédies, qui malheureusement n’étaient pas rares à l’époque, cette mère héroïque va vibrer d’espérance chrétienne, gardant en vue la vie éternelle de ses enfants.
Cela aussi, c’est une virginité de mère !

Pauline, Marie, Céline, Thérèse et Léonie entreront au couvent et voici ce qu’en dit le papa, Louis : « Mon Dieu, Vous me faîtes trop d’honneur ! »

Il y a une profonde réciprocité entre la vocation matrimoniale et la vocation virginale et il est urgent de la redécouvrir, de la repenser dans toute sa fécondité et sa beauté, une découverte que les saints époux Martin nous aident à refaire aujourd’hui.

Si, dans la culture dominante, la fidélité et l’indissolubilité conjugale semblent impossibles pour toute une vie, comment n’en serait-il pas de même et plus encore en ce qui concerne la fidélité de la virginité consacrée, pour toujours !

En réalité, nous savons bien que la virginité pour le royaume des cieux est en réalité un déploiement de la grâce baptismale, un signe puissant de la prééminence du lien au Christ, de l’attente de Son retour, un signe qui rappelle également que le mariage est une réalité du monde présent qui passe.

En même temps, rappelons que les deux, le sacrement du mariage et la virginité pour le Royaume de Dieu viennent du Seigneur Lui-même. C’est Lui qui leur donne sens et leur accorde la grâce indispensable pour les vivre conformément à Sa Volonté. L’estime de la virginité pour le Royaume et le sens chrétien du mariage sont inséparables et se favorisent mutuellement. (Cf. CCC 1619-1620)

L’avenir des vocations, chers amis et chères familles, n’est pas dans une certaine ‘action pastorale pour les vocations’ qui cherche parfois maladroitement à singer le monde sans pour autant y réussir ; il n’est pas non plus dans tant et trop de dérives de type psychologique ou sociologique qui laissent tout aux mains de l’homme et à ses choix sans laisser de place à la grâce et à l’œuvre de Dieu.

La première et nécessaire action pastorale pour les vocations est l’action pastorale pour les familles !
C’est dans le cœur de la famille croyante et qui prie que l’on peut planter et voir germer, aujourd’hui encore, la bonne semence de la vocation. C’est l’offrande dès la naissance des propres enfants au Seigneur et leur consécration au Cœur Immaculé de Marie qui peut en soutenir le chemin !

N’oublions jamais que les parents, à genoux devant Dieu, feront toujours monter dans le cœur de leurs enfants la question : « Qui est Celui devant Lequel mon père et ma mère s’agenouillent ? » Et ils n’oublieront jamais ces scènes qu’ils ont vues tout petits pas seulement à l’église, mais surtout à la maison, dans l’intimité et la vérité de cette enceinte domestique.

Les saints époux Martin pourraient dire aujourd’hui à juste titre : « La famille, c’est mon monastère ! » et pas seulement pour le nombre de moniales qu’ils ont fait naître, mais plutôt parce qu’ils ont vécu la réalité familiale pour laquelle elle existe : être un lieu de la présence et de la mémoire du Christ.
C’est exactement ce à quoi est appelé à être tout monastère, de tout temps.

La vraie révolution qui nous attend, que nous pouvons porter au monde, sera, chers amis, je le répète, ‘la révolution de la sainteté’ parce qu’il n’y a rien de plus moderne, de plus vivant, de plus actuel ni de plus riche en nouveauté que les saints qui rendent visible et tangible le Christ ressuscité !

Que la Très Sainte Vierge Marie, l’Immaculée, Vierge et Mère vers qui les Martin se sont toujours tournés avec une solide et très tendre dévotion et qu’ils ont invoquée dans les heures joyeuses et tristes de leur vie, accompagne chacun de nous sur son propre chemin de sainteté ! Qu’elle défende la famille, encore maintenant et toujours, pour en faire le lieu d’une authentique évangélisation et de vrai abandon au Dessein naturel du Créateur !

Que la Vierge Marie nous donne un rayon de son amour infini pour le Fils Divin, de sa foi parfaite et de sa prévenante attention de Mère afin que chacun de nous, en regardant les saints et en regardant à travers eux le Saint des Saints, puisse, maintenant et toujours, tous les jours, dire pour son propre compte ‘me voici ’ dans la joie et la pureté du cœur !